vendredi 31 août 2012
dimanche 26 août 2012
Let it be
Salut fille,
Ça fait deux semaines aujourd’hui… J’ai beaucoup pensé à toi ces derniers jours, en fait ON a beaucoup pensé à toi ces temps-ci, on a beaucoup pleuré aussi, certains se sont fâchés, on s’est posé mille et une questions, on n’a pas toujours trouvé de réponse, on s’est serré dans nos bras, on s’est raconté de belles choses à ton propos, on s’est apaisé comme on l’a pu, toujours à l’affut de souvenirs qui nous rendraient notre douce guerrière. Si tu voyais à quel point nous, tes proches et tes amis, nous sommes rapprochés. Pas une seule conversation ne se termine sans un ‘je t’aime’ ou au moins un ‘je t’embrasse’. Toute l’amour que nous te portons, se reflète tour à tour dans nos échanges et je crois que ça te représente bien, je pense que tu en serais fière.
À tout cela, je n’ai trouvé que cette phrase pour décrire notre profond deuil: c’est dur de perdre une guerre, mais c’est encore plus difficile de perdre une grande guerrière.
Car, oui, et je ne suis pas la seule à le dire, tu étais une battante. Je crois que tu l’es toujours. Nathalie Petrowski et Simon Jodoin l’ont d’ailleurs tous deux magnifiquement exprimé dans leurs récents papiers.
J’ai longtemps cherché les mots pour expliquer ce que tu me fais vivre à travers ce deuil. Ce n’est qu’après une longues périodes de lourde tristesse ponctuée de sanglots et de 'pourquoi calvaire', que j’ai enfin réussi à trouver ne serait-ce qu’un peu de paix à l’intérieur de moi-même pour réussir à t’écrire cette dernière lettre (et ironiquement, c'est toi qui m'en a donné le courage).
Une des premières fois que nous nous sommes parlées, c’était chez C4 alors que tu accouchais de ton deuxième album l’Écho. Tu es entrée dans le bureau, j'étais seule, et sans me connaître, tu m’as dit ''ah yeah! Enfin une fille qui travaille en musique!! Je suis honorée de travailler avec toi Catherine, c’est rare les filles qui osent en prod musicale!''. J’étais non seulement très surprise de ta solidarité et de la confiance que tu me portais alors que je venais tout juste de terminer mon BAC, mais j’ai d’autant plus su que nous allions nous entendre comme deux sœurs, parce que c’était une observation que j’avais faite lors de mes études (je me demande même si ce n’est pas pour ça que j’ai choisi le milieu de la musique). Parce que, tout comme toi, j’aime les gros défis, les vrais, ceux qui nous rendent fiers parce qu’ils nous demandent beaucoup d’efforts et d’intégrité. J’avais choisi de travailler avec des artistes émergents ou indépendants qui reflétaient un caractère unique et qui feraient, toujours selon moi, évoluer le paysage musical du Québec. Tu as toujours fait partie de ces gens d'exception à mon avis.
Petit à petit nous sommes naturellement devenue des amies. Au fil des ans, je me suis fait une petite place dans l’industrie de la musique et tu m’appelais souvent pour avoir mon avis, tu voulais mes conseils ou que je t'aide à diffuser ta musique. J’en étais, à chaque fois, très touchée et je répondais toujours du mieux que je le pouvais. Lors de nos rencontres les discussions bifurquaient souvent sur nos vies personnelles et c’est là que toi, tu me conseillais, me donnais ton avis et m’aidais à me tenir debout. Je n’ai pas peur de le dire, tu m’as souvent servie de modèle et je trouvais ça beau (c’est sain d’avoir des modèles, je trouve que l’on manque de modèles de nos jours).
Un de ces soirs où nous fêtions rien de particulier au Quai des Brumes, je t’ai vue aider un ami commun, alors que tu venais tout juste de me confier que ce n'était pas ta meilleure journée. J’ai tout de suite réalisé que ces types de relation, donnant-donnant, tu les cultivais le plus possible. Tu étais là, tu écoutais et te donnais aux autres pour vrai. Je me suis dit, c’est donc ça la vraie Ève, maudite belle femme! Pas étonnant que tant de gens pleurent ton départ. ''Une chose est sûre aujourd'hui, Je n'serai pas toute seule à mes funérailles'' t'avais raison d'écrire ça (Aujourd'hui'' une de mes chansons préférées). T'étais fucking belle à voir aller grand'noère! Je suis heureuse de te l'avoir dit, à plusieurs reprises.
T'étais aussi une rockeuse et c'était d'un naturel indéniable. Combien de fois on s'est permises de danser n'importe où, n'importé quand juste parce qu'on aimaient la toune. Combien de chansons on a chanté a capella dans la rue sans se soucier de ce que les gens en pensaient. Nos harmonies vocales raisonnent encore dans ma tête, l'écho de notre amitié sincère. Sensible et fonceuse à la fois, tu me (nous) manques énormément et j'apprends petit à petit à respecter ton geste, ou plutôt à vivre avec parce que je n'ai pas le choix... côlisse (avec un gros ''ô'', parce que c'est comme ça que tu le disais).
Ce dimanche soir là, mon premier réflexe aura été d'appeler sur ton cell ''Salut Ève, c'est Cat, je t'appelle juste pour vérifier que tu vas bien... des gens racontent des choses à ton sujet sur Facebook et j'aimerais que tu me dises que c'est une joke. Ok, de toute façon, on se voit mercredi... entoucas... rappelle-moi, j't'aime fort!'' pas de réponse... j'ai appelé des amis communs et personne n'était en position de me dire ce qui se passait... on était tous en état de choc, incapable de comprendre, incapable de confirmer ou d'infirmer quoi que ce soit, nos cerveaux ont comme buggué. Une heure plus tard, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps... j'avoue que je t'en ai (égoïstement) voulu parce qu'on avait rendez-vous... tu voulais avoir mes commentaires sur ton dernier album, parce que je n'avais pas pu me présenter à ton lancement. On devait aussi aller voir le film ''On the road'' ensemble... le film sort cet automne et j'avoue que je ne sais pas pentoute avec qui je vais aller le voir... je risque d'être pas mal émotive.
Vers 3hrs du matin, j'ai eu un flash (je continue de croire que c'est toi qui m'a remis ce doux souvenir dans la tête pour me consoler). Je me suis rappelée une soirée à l'époque où j'étais barmaid O Patro Vys. Je pense que c'était une soirée slam. Ivy avait ''callé'' une minute de silence pour un de vos amis, un poète, qui était décédé... on pouvait entendre une mouche voler, j'ai même débranché le frigidaire du bar pour que nous puissions pleinement vivre ce silence évocateur. Après 30 secondes tu t'es mise à chanter 'Let It Be' des Beatles avec une assurance et une douceur foudroyante. Tu étais accotée ''au bord du bar'' et tu m'a regardée droit dans les yeux pendant presque la totalité de ton geste. J'ai senti que, malgré tout ton courage, tu avais besoin d'approbation... je t'ai donc lancé mon plus beau sourire et j'ai même versé une larme. Anyway, tu le savais, je pleurais tout le temps quand tu chantais avec ton cœur, à un tel point qu'on avait convenu que je me tiendrais loin de la scène pendant tes shows parce que ça te déconcentrait quand tu croisais mon regard. On était toutes deux déstabilisées par la sensibilité de l'autre. ;) Je n'oublierai jamais ta petite voix courageuse à ce moment là. C'était ta façon de prendre tout le monde dans tes bras et de leur dire: acceptons cette triste perte et soyons en paix. Ce soir là, personne ne t'en a voulu de briser le silence, c'était beau, c'était tellement toi, c'était touchant.
Je garde ce souvenir en tête depuis deux semaines et ça m'aide beaucoup.
Comme tu disais, merci amie, ''ça m'a aidée''.
Repose en paix et merci de nous aider à la retrouver... je sais que tu continueras de prendre soin de nous, même d'en haut, et surtout que tu continueras à veiller sur ta belle Jeanne avec ton amour inconditionnel de mère.
Je t'aime et je ne t'en veux pas,
let it be
xoxoxoxoxoxoxo
4n
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